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Je suis médium de naissance.

Jusqu’à 2010, je ne le savais pas. Je ne l’avais pas conscientisé.

Je croyais que tout le monde était comme moi. Je croyais que tout le monde avait vécu ce que j’avais vécu enfant. Ces expériences étranges, ces courants d’air froids qui me traversaient en certains endroits, ces rêves plus réels que la réalité,  ces nuits à combattre le mal, cette sensation de « savoir », ce besoin irrépressible qui me prenait parfois de dire aux gens certaines vérités, cette empathie permanente qui me faisait ressentir la moindre ambiance dans une pièce, le moindre sentiment chez autrui, ce besoin de solitude, cette phobie de la foule, cet amour des cimetières, cette conviction que l’esprit est plus fort que le corps... Au plus profond de moi, j’étais convaincue que tout le monde était ainsi alors je ne parlais pas de tout cela. A quoi bon ? On ne parle que des choses hors norme, et pour moi, j’étais normale.

Le fait est que dans ma famille c’était le cas.

Le mot médium n’a jamais été prononcé chez nous.

Aînée de cinq enfants, issue d’une famille bourgeoise, noble pour partie, très vieille France, j’ai été élevée par un père officier de marine, dans le respect des valeurs, dans la foi, l’amour de mon pays et de ma région natale, la Bourgogne et par une mère qui nous sidérait régulièrement par ces intuitions et ses prémonitions aussi fulgurantes qu’imprévisibles.

Lorsque j’étais enfant, on nous racontait en riant les violons d’Ingres de notre arrière-grand-père maternel, un médecin très sérieux, très chrétien, père de sept enfant, qui avait de « drôle d’amis » qu’il rencontrait dans les cercles spirites de Lyon, qui faisait de l’écriture automatique et reconstituait des grandes batailles de Napoléon avec les esprits. Ces histoires se concluaient toujours dans un éclat de rire « il y a des originaux dans la famille, nous avons tous un grain de folie » … un grain de folie.

Et puis, il y avait mon grand-père maternel qui nous a entretenus toute notre enfance dans l’idée qu’un fantôme vivait avec la famille : Jules. Pas question d’aller se coucher sans saluer Jules. Lorsque nous étions en vacances chez nos grands-parents, le rituel du coucher était spécial : lavage de dent, prière et salut à Jules. Impossible d’y déroger. Et nous ne le voulions pas d’ailleurs. C’était à qui dirait au revoir en premier à Jules. A la mort de mon grand-père, la question s’est très sérieusement posée de savoir chez qui Jules allait vivre désormais. Ne riez pas. C’était très sérieux. Certains se disputent les commodes et les bijoux de famille, chez nous c’était le fantôme… un grain de folie …

A l’adolescence, je me suis sentie attirée par toutes les questions paranormales. Je faisais du spiritisme en cachette et j’entraînais tous mes amis dans de folles parties de verre tournants. Je me suis mise à tirer les cartes, à étudier l’astrologie. J’avais des ressentis de plus en plus forts, des rêves prémonitoires d’une précision redoutable : les sujets d’examen. J’en faisais profiter mes amis mais ils ne me croyaient pas … nul n’est prophète en son pays.

A l’âge de 20 ans, lors d’un stage d’été, un homme a passé trois jours à m’observer. Le troisième jour, il s’est approché de moi, a planté son regard dans le mien et m’a dit « vous le savez que vous êtes médium ? » Je l’ai regardé interloquée et lui ai répondu que j’étais juste intuitive et intéressée par certaines choses. Il m’a souri, m’a redit que j’étais médium et que je ne devais jamais l’oublier.

Mais le stage terminé, j’ai oublié. Cette information essentielle sur moi s’est enfouie profondément, très profondément dans les confins de mon inconscient. Ce n’était pas la bonne heure et je n’étais pas encore sur MON chemin. Mais je l’ignorais.

J’ai entamé des études on ne peut plus rationnelles. Cinq année de droit, une thèse commencée (mais inachevée, les aléas de la vie), l’enseignement à l’université, une vie professionnelle riche dans les coulisses du pouvoir et je suis toujours, à l’heure actuelle, juriste en administration centrale.

Dans le même temps je me suis mariée à un homme aux pieds bien ancrés sur la terre et j’ai maintenant quatre enfants qui contribuent largement à m’enraciner profondément sur terre.

Pendant toutes ces années, je ne me suis jamais posée la question de savoir si j’étais heureuse. J’avais juste de temps à autre, puis, de plus en plus souvent vers la fin, une angoisse sourde qui m’étreignait la poitrine et m’empêchait de respirer. Un profond et vertigineux sentiment de solitude qui me glaçait le sang. Il m’arrivait parfois de fixer la lune pendant des heures, certaines nuits d’insomnie, et j’avais cette petite voix qui me disait que ma vie était ailleurs et que je faisais fausse route. Mais je ne l’écoutais pas cette petite voix. J’étais même très en colère contre elle. Pour la contrer je m’accrochais à des données rationnelles et objectives : mon mari, mes enfants, mon travail …

Je me suis alors inventée une définition objective et rationnelle du bonheur. J’ai décrété que je ne pouvais qu’être heureuse. Il est pourtant des choses qui ne se décrètent pas ; en bonne juriste je n’aurais pas du l’oublier. Hélas, le bonheur en fait partie. Alors, j’ai creusé. Trois ans d’analyse. Trois ans à purger pour essayer de comprendre ce qui clochait chez moi. Et la petite voix qui revenait comme une ritournelle. J’ai tenté de l’assommer à coup d’antidépresseur. Bonheur artificiel. Elle n’a pas été dupe. Tout juste un peu ensommeillée mais toujours bien présente.

Et toujours ces nuits à regarder la lune. A fixer le ciel. C’était comme si j’en attendais quelque chose. Une réponse. Je l’avais perdu de vue toutes ces années. Le nez dans mes chaussures, la tête dans le guidon, j’avançais. Mon mari n’avait pas la foi et la mienne s’est endormie. Au fil des mois, j’ai senti que je m’éloignais de mon mari. Depuis des années je me posais des questions mais je fuyais les réponses.

Le destin m’a apporté la réponse d’une façon originale que je ne souhaite pas détailler ici.

Sachez juste que cela a été un électrochoc comme souvent quand le destin s’en mêle et toutes les réponses sont arrivées en même temps et « j’ai su ». L’évidence m’a sautée aux yeux et j’ai été saisi d’une immense paix intérieure. Mon premier réflexe a été de remercier la Divine Providence. Elle avait entendu toutes mes prières muettes depuis toutes ces années. Quelques jours plus tard, mes facultés se réveillaient et plus je remerciais le Seigneur de la paix que je ressentais enfin, plus des signes m’étaient adressés que j’étais enfin « sur le bon chemin ».

Mon « réveil » en 2011 a été très brutal et perturbant. Trois mois de solitude à recevoir des messages jusqu’à une véritable révélation une nuit de la Pentecôte. Je ne savais pas ce qu’il se passait, j’ai cru un moment que la folie me gagnait mais après la Pentecôte, j’ai compris que j’avais reçu un appel. Lequel ?  Je suis alors allée dans la première Eglise qui s’est présentée sur mon chemin, je me suis agenouillée et j’ai dit « J’accepte, je ne sais pas ce que vous attendez de moi mais j’accepte ; placez juste sur mon chemin les bonnes personnes pour me guider ».

Et c’est à nouveau un médium que la Providence a placé sur mon chemin. Pour la deuxième fois. Mais ce coup-ci, c’était le bon moment, sur le bon chemin, le mien.

Je sais désormais ce que je suis. Je sais que je suis sur le bon chemin et que, sur ce chemin, j’ai une mission à accomplir : aider ceux, qui comme moi, ont à un moment donné tourné le dos à ce qu’ils étaient vraiment, tourné le dos à leur enfant intérieur.

Je suis médium de naissance.

Et maintenant je le sais.

Je suis enfin en paix.